Kungsleden et Kebnekaise
Kungsleden : la nature sauvage du Nord depuis Nikkaluokta
Le Kungsleden, ou « Sentier du Roi », est l’itinéraire de longue distance principal en Suède, s’étendant sur environ 440 km entre Abisko et Hemavan. Pour de nombreux randonneurs, le point de départ est situé à Nikkaluokta, un village sami à 66 km à l’ouest de Kiruna. Ce parcours permet d’accéder à la région alpine de la Laponie suédoise et au massif du Kebnekaise.
Le premier tronçon de 19 km entre Nikkaluokta et la station de montagne du Kebnekaise suit la vallée de Ladtjovagge. Le terrain alterne entre forêts de bouleaux et zones marécageuses, équipées de passerelles en bois (*spångar*). À mi-chemin, le lac Ladtjojaure permet une traversée en bateau qui réduit la distance de 6 km, un choix logistique fréquent pour économiser de l’énergie avant les cols.
Plus au nord, vers Singi et Sälka, le paysage se transforme en toundra. Contrairement aux vallées encaissées du Tour du Mont Blanc, le relief est marqué par de larges vallées glaciaires en U offrant une grande visibilité. Le climat subarctique est changeant. Même en juillet, il faut prévoir de la pluie, du vent et des températures proches de 0 °C. Le sentier est balisé par des croix rouges pour la navigation hivernale, l’itinéraire étant prisé pour le ski de randonnée. Des refuges STF (Swedish Tourist Association) sont espacés de 10 à 20 km, bien que de nombreux coureurs privilégient l’autonomie avec une tente quatre saisons pour résister au vent.
Kebnekaise : le sommet arctique
Le Kebnekaise est le point culminant de la Suède, situé à environ 150 km au nord du cercle polaire. Il possède deux sommets : le Sydtoppen (sommet sud) et le Nordtoppen (sommet nord). Historiquement, le sommet sud était le plus haut grâce à son glacier. En raison de la fonte glaciaire, le Nordtoppen rocheux (**2 097 m**) est désormais souvent le point le plus élevé du pays.
L’ascension classique depuis la station de montagne (690 m) suit la Västra Leden (voie ouest). C’est un aller-retour exigeant de 18 km pour un dénivelé positif d’environ 1 800 m, car l’itinéraire franchit le sommet intermédiaire de Vierramvare. Le terrain se compose principalement de blocs et d’éboulis, nécessitant de l’endurance plus que des compétences techniques en escalade. La Östra Leden (voie est), plus directe, nécessite une traversée de glacier et une section de via ferrata, imposant un équipement de montagne spécifique.
130 km sur le sentier du Kungsleden
Nous avons débuté le Kungsleden à Nikkaluokta après un trajet depuis Stockholm vers Kiruna. Nous avons parcouru le sentier en quatre étapes, incluant l’ascension du Kebnekaise le deuxième jour avant de continuer vers Sälka.
Les étapes :
- Nikkaluokta – Kebnekaise : 19 km (+300 m / -130 m)
- Sommet du Kebnekaise : 20 km (+2 000 m / -2 000 m)
- Kebnekaise – Sälka : 27,5 km (+530 m / -390 m)
- Sälka – Alesjaure : 26 km (+615 m / -660 m)
- Alesjaure – Abisko : 34 km (+185 m / -620 m)
14 août : Nikkaluokta – refuge de montagne du Kebnekaise : 19 km, +300 m / -130 m
Nous avons commencé le Kungsleden à Nikkaluokta, en courant à travers les forêts de bouleaux. Après 6 km, nous avons atteint un lac proposant une option de traversée en bateau pour contourner 7 km de sentier. Une cabane sur place proposait de la nourriture locale.
Après une section sur des passerelles de bois pour traverser les zones humides, le terrain est devenu rocheux, offrant une vue sur le sommet du Tuolpagorni. Avant d’arriver à la station de montagne, nous avons franchi plusieurs rivières et aperçu deux rennes.
Le refuge du Kebnekaise est une installation bien équipée avec restaurant et magasin. Nous y avons passé la nuit. Le trafic d’hélicoptères entre le refuge et Nikkaluokta était fréquent. Nous avons loué des crampons pour l’ascension du lendemain, que nous avons prévus d’utiliser avec nos chaussures de trail.
15 août : l'ascension du Kebnekaise : 20 km, +2 000 m / -2 000 m
Le Kebnekaise est le point culminant de la Suède (2 106 m). Nous avons choisi la voie ouest, l’itinéraire standard, car nous utilisions des chaussures de trail avec des crampons de location. Le parcours alternait entre traversées de rivières et pentes d’éboulis.
Nous avons atteint le sommet du Vierramvare avant de redescendre, puis d’attaquer la pente finale vers les abris à environ 1 900 m. Nous avons rencontré des vents forts et une visibilité réduite, n’apercevant le sommet glaciaire qu’à moins de 10 mètres.
Après avoir chaussé les crampons pour la section finale sur le glacier, nous avons atteint le sommet en quatre minutes. À cause du vent, nous sommes redescendus immédiatement vers un abri pour manger avant de terminer le retour. Malgré l’absence de visibilité, l’objectif a été atteint.
16 août : refuge du Kebnekaise – refuge de Salka : 27,5 km, +530 m / -390 m
Nous avons quitté la zone du Kebnekaise pour entrer dans un paysage ouvert, utilisant les rivières pour nous ravitailler en eau. Après 9 km, le sentier a rejoint la vallée de Singi. Nous avons longé des lacs avec vue sur Ladtjovagge et Tjäktjavagge sous un ciel couvert. Après un arrêt à Singi, nous avons continué vers Sälka, où l’itinéraire rejoint la section sud du Kungsleden. Le terrain était roulant et nous avons observé des effets de foehn près du sommet du Kebnekaise. Nous avons progressé dans la vallée vers Sälka avec un vent soutenu.
17 août : refuge de Salka – refuge d'Alesjaure : 26 km, +615 m / -660 m
Nous sommes partis tôt pour profiter du soleil matinal. Peu après le départ, nous avons observé une dizaine de rennes. La majeure partie du sentier vers le col de Tjäktja (1 140 m) s’est faite sur des passerelles de bois. À l’approche du col, la force du vent a nettement augmenté. Une fois le col franchi, les rafales rendaient la station debout difficile. Le vent nous déportait sur le sentier rocheux, imposant une concentration constante en courant. Nous avions le vent dans le dos, ce qui a parfois facilité notre progression. Après avoir passé l’abri de Tjäktja, le vent s’est calmé, laissant passer quelques rayons de soleil.
Nous avons couru longtemps sur des sentiers herbeux le long d’une rivière avant que le vent ne forcissee à nouveau. La descente vers les refuges d’Alesjaure a été délicate à cause des rafales constantes, notamment sur les planches de bois où l’équilibre était précaire. L’arrivée aux refuges d’Alesjaure a été un soulagement avant que la météo ne se dégrade. Ce fut une nouvelle journée sans pluie, une condition notable en Laponie.
18 août : refuge d'Alesjaure – Abisko : 34 km, +185 m / -620 m
Nous sommes partis tôt pour longer la rive ouest du lac Alesjaure. Nous avons croisé un troupeau de rennes et pris le temps de les observer. Cette étape de 34 km a été notre plus longue journée. Nous avons maintenu un rythme régulier le long du lac, puis sur les pentes du Kartinvare. Après avoir aperçu le lac Abiskosjaure depuis le plateau, nous sommes entrés dans la forêt de bouleaux près des refuges d’Abiskojaure. De là, il restait 9 km avant d’atteindre Abisko sur les rives du grand lac Torneträsk.
À Abisko, nous avons pris un repas chaud pour marquer la fin du périple. Au lieu de se reposer, j’ai couru 20 km chaque jour sur les rives du Torneträsk. Au total, nous avons effectué cinq jours de mouvement continu (sept pour ma part) sans aucune pluie durant tout le voyage.
Informations & logistique
Région et environnement
Cette section du Kungsleden se situe au nord du cercle polaire (environ 68° N), traversant la nature sauvage de la Laponie suédoise. Contrairement aux sections sud, l’itinéraire entre Nikkaluokta et Abisko présente un terrain alpin. Le sentier parcourt de larges vallées glaciaires en U comme la *Tjäktjavagge*, franchit le col de Tjäktja (1 150 m) et traverse les forêts de bouleaux du parc national d’Abisko.
Le relief varie entre toundra de haute altitude et deltas près d’Alesjaure. En été, le phénomène du soleil de minuit (jusqu’à mi-juillet) offre 24 heures de lumière, permettant une grande flexibilité dans les horaires de course.
Climat et période idéale
La saison est courte, généralement de fin juin à mi-septembre.
- Fin juin à mi-juillet : printemps arctique. Lumière permanente et vallées vertes, mais sentiers humides, névés sur les cols et moustiques.
- Fin juillet à août : période la plus prisée. Sentiers plus secs et niveau des rivières plus bas. Les moustiques diminuent en août et les températures se rafraîchissent la nuit.
- Septembre : période de la *Ruska*. Les paysages virent à l’orange et au rouge. Les insectes disparaissent et l’air est frais. Début de la saison des aurores boréales.
Les températures sont variables. Une journée d’été peut atteindre 20 °C, mais aussi chuter à 5 °C avec du grésil. Un équipement adapté et des couches thermiques sont indispensables.
Logistique : refuges et bivouac
Le sentier s’appuie sur un réseau de refuges gérés par la STF, espacés de 10 à 20 km.
- Installations : cabanes rustiques gérées par un gardien (*Stugvärd*). Elles proposent cuisinières à gaz, matelas et couvertures. Il n’y a ni électricité ni eau courante à l’intérieur ; l’eau se récupère dans les ruisseaux proches.
- Boutiques et saunas : la plupart des refuges (Kebnekaise, Sälka, Alesjaure) disposent de petites épiceries permettant de s’alléger. Plusieurs possèdent aussi des saunas à bois, typiques de l’expérience suédoise.
- Bivouac : selon le droit suédois (*Allemansrätten*), le camping est autorisé le long du sentier. Dans le parc national d’Abisko, il est restreint aux sites désignés près des refuges.
Transport
La logistique est efficace avec Kiruna comme plaque tournante.
- Départ (Nikkaluokta) : depuis Kiruna (accessible par avion ou train de nuit de Stockholm), le bus Nikkaluoktaexpressen circule deux fois par jour en saison. Le trajet dure une heure.
- Arrivée (Abisko) : le sentier se termine à la Abisko Turiststation, qui possède sa propre gare. De là, un train ou un bus permet de retourner à Kiruna ou de rejoindre Narvik (Norvège).


