Great Divide Trail (GDT), Canada

Un trail en autonomie de 600 km le long de la Great Divide Trail au Canada. Anna et moi sommes partis de Peter Lougheed pour tenter de rejoindre le Mont Robson, mais la météo, la faune et les blessures en ont décidé autrement.

La Great Divide Trail

Un voyage à travers les Rocheuses canadiennes

La Great Divide Trail (GDT) est un itinéraire de trek sauvage qui suit la ligne de partage continentale entre la Colombie-Britannique et l’Alberta. Contrairement aux sentiers aménagés souvent trouvés en Europe ou aux États-Unis, la GDT est un chemin sauvage. Ce n’est pas toujours un sentier continu mais plutôt une collection de sentiers de randonnée traditionnels, de routes forestières et de sections hors-piste où le sentier peut disparaître dans les broussailles ou les éboulis. Pour les coureurs et randonneurs de longue distance, cela nécessite un engagement constant, une lecture du terrain et des compétences en navigation.

L’itinéraire traverse une chaîne de zones protégées, commençant dans la région de Kananaskis au sein du Peter Lougheed Provincial Park. En se dirigeant vers le nord, le sentier entre dans le Mount Assiniboine Provincial Park. De là, le chemin coupe à travers la nature sauvage du Banff National Park, naviguant des cols de haute altitude et des vallées reculées loin des foules touristiques.

Alors que le sentier pousse plus au nord dans le Jasper National Park, l’environnement devient de plus en plus isolé, caractérisé par des crêtes calcaires, des glaciers et des lacs alpins. Ce grand corridor protégé est un habitat pour la faune, serpentant à travers le territoire des grizzlis et des ours noirs. Le voyage culmine dans le Mount Robson Provincial Park, se terminant sous la Emperor Face du Mont Robson, le point le plus élevé des Rocheuses canadiennes à 3 954 m.

Le facteur faune : territoire des grizzlis

Une caractéristique de la GDT comparée à d’autres traversées alpines est la faune. L’ensemble de l’itinéraire traverse l’habitat des grizzlis et des ours noirs. Cette réalité affecte la routine quotidienne de toute traversée. Voyager ici signifie accepter l’environnement et garder les à l’esprit les ours comme une routine : la cuisine se fait loin de la zone de couchage, et tous les aliments et articles parfumés — dentifrice, crème solaire, emballages — doivent être suspendus dans les arbres ou stockés dans des conteneurs anti-ours chaque nuit. Cette vigilance constante ajoute une dimension supplémentaire à l’effort physique.

600 km le long de la GDT

Du Peter Lougheed Visitor Centre au Mont Robson

Notre traversée s’est concentrée sur la portion centrale du GDT : un tronçon de 600 km partant du Peter Lougheed Provincial Park dans Kananaskis et se terminant au pied du Mont Robson, le plus haut sommet des Rocheuses canadiennes (3 954 m).

Cet itinéraire traverse un paysage défini par la verticalité et l’isolement. En se déplaçant vers le nord, le sentier franchit des cols de haute altitude tels que Palliser Pass et Whistling Pass, emmenant les traileurs à travers des zones protégées incluant le Banff National Park et le Jasper National Park. Parmi ces lieux exceptionnels, on peut citer le Mount Assiniboine Provincial Park, dominé par le Mont Assiniboine — une pyramide de roche souvent appelée le « Cervin des Rocheuses ». Le terrain se compose d’une série de crêtes calcaires, de glaciers et de lacs alpins colorés.

Le plan d'expédition

Le plan était de compléter cette section en dix-sept jours et en autonomie.

  • Distance totale : 600 km
  • Dénivelé total : 22 512 m
  • Moyenne quotidienne : 35 km et 1 330 m de montée

Ces statistiques étaient comparables à nos expéditions précédentes dans l’Himalaya ou les Alpes. Cependant, les Rocheuses canadiennes présentent des défis spécifiques. L’éloignement des villages et des points de ravitaillement nous obligeait à porter des charges plus lourdes. Notre poids de sac était supérieur à 12 kg (hors eau), incluant un équipement de camping, des vêtements de pluie et un équipement de sécurité contre les ours.

L’itinéraire était divisé en étapes, reliant des campements isolés. Cela incluait les vallées calcaires de la Section C, les corridors des Parcs nationaux de la Section D et les tronçons isolés du nord de la Section E. L’objectif était de traverser le terrain efficacement. La ligne d’arrivée était située sur le Berg Lake Trail, au pied de la Emperor Face du Mont Robson.

S'adapter à la nature sauvage

Les sept premiers jours se sont déroulés selon le calendrier prévu. Nous avons atteint nos objectifs quotidiens de kilométrage et rejoint les campements désignés, mais le trail était plus difficile que prévu. Le terrain s’est révélé plus complexe que les cartes ne le suggéraient. La navigation nécessitait un effort constant ; de nombreux sentiers étaient non balisés, mal entretenus ou peu clairs, nous forçant à ralentir pour trouver notre chemin.

Courir dans ces conditions, en portant des sacs plus lourds que prévu, a eu un impact important. Nos journées ont duré plus longtemps que prévu. Même la vie au camp était plus compliquée qu’en Europe. Pour respecter les protocoles de sécurité contre les ours, nous devions cuisiner et manger loin de notre zone de couchage et suspendre tous les aliments et articles parfumés haut dans les arbres — un processus que nous répétions chaque matin et soir.

La météo a également ralenti notre progression. Une pluie persistante a transformé les sentiers en boue, ralentissant notre rythme. Après quelques jours, notre équipement — des vêtements aux sacs de couchage — était humide. Nos corps étaient épuisés, et après une semaine dans ces conditions, les premières blessures sont apparues.

Anna a lutté pendant deux jours, continuant malgré la douleur, mais finalement elle ne pouvait plus courir. Alors que la météo se détériorait, nous avons décidé de faire une pause à Saskatchewan River Crossing. C’est là que nous avons fait face aux contraintes logistiques. Le système de réservation de camping dans les Parcs nationaux était inflexible ; modifier les dates, même quelques jours à l’avance, n’était pas possible. Nous ne pouvions pas attendre qu’elle guérisse sans perdre nos permis subséquents.

Changer de plan

Nous avons fait face à un dilemme. Nous avons envisagé de continuer malgré la blessure, mais les risques étaient trop graves. Il n’était pas possible de couvrir les distances quotidiennes requises, et donc il était impossible de rejoindre nos campements réservés. De plus, la section à venir était la plus isolée et technique de l’itinéraire, et une forte tempête de neige était prévue pour les jours suivants.

La seule autre option était que je continue seul mais, après avoir fait tant d’expéditions en équipe, laisser Anna derrière était hors de question. Le cœur lourd, nous avons pris la décision d’arrêter notre tentative GDT. Nous avons changé de stratégie pour continuer à courir et explorer la région tout en gérant la blessure d’Anna. Nous avons loué une voiture pour rejoindre les différentes zones, nous permettant de compléter des courses journalières tout en restant dans des motels pour récupérer.

Cette approche nous a permis de courir sur des sentiers autour du Lac Louise, du Lac Moraine, d’Abbott Ridge, de Banff, de Jasper et du Mont Robson, avant de voyager vers Squamish et Calgary. Finalement, nous avons encore parcouru plusieurs centaines de kilomètres. La pluie, la boue, les traversées de rivières et les rencontres avec des ours ont malgré tout assuré que l’aventure restait aussi exigeante que prévu.

Informations

Compléter la Great Divide Trail (GDT), que ce soit en randonnée complète ou en trail, nécessite une planification logistique et pas mal de contraintes. Voici un résumé des points à garder en tête pour la préparation.

Climat et saisonnalité

La période pour les Rocheuses canadiennes s’étend de début juillet à mi-septembre. Dans cette fenêtre, la météo est variable. Les fortes pluies sont courantes, ce qui affecte les conditions du sentier et la progression. Les tempêtes de neige peuvent survenir à tout moment, surtout sur les cols élevés comme Saskatchewan River Crossing. L’équipement doit être polyvalent, nécessitant des vêtements légers pour courir à des couches thermiques et des imperméables pour des températures froides et la pluie.

Nature sauvage et faune

La GDT traverse des corridors pour la faune sauvage et est un habitat pour les grizzlis et les ours noirs. Les protocoles de sécurité font partie du rythme quotidien. Il est obligatoire de porter un spray anti-ours et de savoir l’utiliser. Au camp, la règle du « campement nu » est appliquée : la cuisine et les repas se font à au moins 100 m de la tente, et tous les aliments, déchets et articles parfumés doivent être suspendus dans les arbres ou stockés dans des conteneurs approuvés résistants aux ours.

Navigation et terrain

La GDT n’est pas un sentier continu et entretenu comme le Tour du Mont Blanc. Alors que les sections dans les Parcs nationaux sont entretenues, des portions de l’itinéraire sont sauvages, envahies de végétation ou non balisées. La navigation nécessite des traces GPS fiables et la capacité de lire le terrain. L’itinéraire suit des pistes de chevaux ou des routes forestières, et les traversées de rivières sans pont sont fréquentes.

Permis et logistique

L’expédition traverse plusieurs juridictions, incluant les Parcs provinciaux d’Alberta et de Colombie-Britannique, et des Parcs nationaux tels que Banff, Jasper, Yoho et Kootenay.

  • Les campements dans les Parcs nationaux sont très demandés et doivent être réservés des mois à l’avance.
  • Le système de réservation est inflexible. En cas de retard dû à une blessure ou à la météo, les réservations ne peuvent être décalées. Cela nécessite de suivre les dates prévues pour garantir un lieu de couchage légal.

Ravitaillement

Les points de ravitaillement sont limités. Contrairement aux sentiers qui traversent des villages, la GDT est reculée. Les coureurs et randonneurs portent des charges dépassant souvent 12 kg entre de longues sections de nature sauvage.

Ressources utiles

A lire
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