La Gobi March
Navigation dans les hauts bassins d'Asie Centrale
La Gobi March est un ultra-marathon de 250 km (155 miles) faisant partie de la série des 4 Deserts. Organisée par RacingThePlanet, cette série propose des courses d’endurance en autonomie. Si j’ai terminé leurs autres épreuves — dont l’Atacama Crossing, la Sahara Race, Madagascar et Wadi Rum — la Gobi March se distingue par sa topographie unique.
La course suit un format similaire au Marathon des Sables : six étapes sur sept jours. La progression est constante : quatre marathons, suivis de l’étape longue de 75 km, un jour de repos, et un sprint final de 16 km. La logistique repose sur le concurrent ; la course est en totale autonomie. Chaque coureur porte ses vêtements, son sac de couchage, son matériel de sécurité obligatoire et sept jours de nourriture. Les organisateurs fournissent des tentes communes et une ration quotidienne d’eau de 10 à 13 litres.
La préparation du matériel est cruciale. L’équilibre entre densité calorique et poids est le facteur clé, l’objectif étant de garder le sac sous les 7 kg (poids sec). Chaque gramme compte pour naviguer sur le terrain d’altitude de la Région autonome ouïghoure du Xinjiang. Basée près de Kashgar, la course se déroule dans l’extrême ouest de la Chine, près de la frontière avec le Tadjikistan. Contrairement aux dunes sahariennes, le climat du Gobi à cette latitude est plus variable. En journée, les températures atteignent 35°C, mais dès que le soleil passe derrière les chaines des Tian Shan, Kunlun Shan et Pamir, le thermomètre peut chuter à 5°C.
L’édition 2012 a révélé la géologie du Gobi. Loin des dunes de sable de l’Atacama ou du Sahara, le parcours était dominé par des sentiers rocailleux, des lits de rivières asséchés et des chemins de terre. Évoluant entre 1 500 m et 3 000 m, l’altitude ajoute une difficulté absente des courses désertiques au niveau de la mer. Le défi combine la chaleur, la distance et l’arrière-plan montagneux du haut désert d’Asie Centrale.
Gobi March
Rituels d'avant-course et porte de la Route de la Soie
Tous les concurrents ont convergé vers Kashgar (Kashi) plusieurs jours avant le départ pour s’acclimater à l’air sec et à l’altitude. Cette ville, ancien carrefour de la Route de la Soie, était notre dernier contact avec la civilisation. Le samedi, nous avons passé le briefing obligatoire, les contrôles médicaux et la vérification du matériel pour s’assurer que chaque sac respectait les normes de sécurité.
Après les contrôles, 160 concurrents représentant 42 nations ont voyagé au sud-ouest de Kashgar. Notre destination : Gazi, un village au pied des montagnes du Pamir. En raison de pluies récentes, le premier camp a été déplacé plus bas dans la vallée pour garantir un sol stable.
La communauté locale nous a accueillis. L’après-midi précédant la course a inclus une démonstration de Buzkashi, un sport d’Asie Centrale. Nous avons observé des cavaliers s’affronter pour s’emparer d’une carcasse de chèvre. L’objectif est de sécuriser la carcasse, de contourner une marque et de la lancer dans un cercle de but. Assister à cette démonstration équestre dans la vallée de Gazi a offert une introduction au paysage culturel du Xinjiang.
Au coucher du soleil, nous avons pris un dernier repas avant d’entamer sept jours de régime à base de rations lyophilisées. La course a débuté le lendemain matin, marquant le début du périple à travers le Gobi.
Étape 1 : « Canyons et Chameaux » – 32 km
Réveil à 1 800 m, l’air est vif et le ciel bleu clair. Le matin du Gobi s’accompagne d’un ajustement mineur lors du briefing : en raison de changements logistiques dans la vallée, la première étape a été raccourcie à 32 km.
La course débute sur une large piste en terre serpentant le long d’une rivière glaciaire. Malgré les sacs lourds, le groupe de tête impose un rythme soutenu en descente, avec une moyenne de 12–13 km/h. J’essaie de garder le contact avec les leaders mais je réalise que je suis en difficulté.
Je franchis la ligne d’arrivée épuisé après seulement 32 km. Malgré la chaleur du soleil, un frisson s’installe. Difficile de dire s’il s’agit de la fatigue du voyage, du décalage horaire ou d’un début de rhume, mais mon corps n’est pas encore dans le rythme.
Délaissant les bivouacs sous tente habituels, le Camp 2 est installé dans le village de Tashpushka. Au lieu des *khaïmas* classiques, nous sommes hébergés dans des maisons locales, offrant un moment d’immersion culturelle et un abri pour récupérer.
L’étape est remportée par Vicente Juan Garcia Beneito en 2 h 37. Je termine en 7e position en 3 h 19, tandis que la fin du peloton arrive après 8 heures de course. Un début de semaine difficile, rappelant que dans le Gobi, la santé est aussi importante que l’entraînement.
Temps du vainqueur : 2 h 37. Mon classement : 7e (3 h 19)
Étape 2 : « Mars dans le Gobi » – 39 km
Lors du briefing matinal, les organisateurs décrivent un parcours varié, notamment un passage dans des canyons. À 8 h 00, nous partons sous le soleil, bien que je commence la journée en portant encore la fatigue de l’étape 1.
L’étape s’ouvre sur plusieurs kilomètres de montée. Mon corps répond lentement et j’atteins le premier checkpoint en 20e position. Cependant, en passant de la route ouverte aux canyons, mon énergie revient. Le terrain est plus technique que la veille — un réseau de montées et de descentes raides qui exige de la concentration. À la sortie des canyons, je suis remonté en 6e position, courant longuement aux côtés d’un autre concurrent, George.
Une fois les canyons passés, le parcours débouche sur un plateau. La visibilité est bonne, offrant des vues sur les Tian Shan au nord et la chaîne du Karakorum au sud. L’immensité de la nature sauvage d’Asie Centrale est visible, ce qui redonne le moral.
Les 9 derniers kilomètres présentent un défi différent : une portion de route goudronnée. Si le décor montagneux demeure, la surface dure est exigeante pour les pieds après les sentiers du matin. Malgré l’asphalte, je me sens mieux au fil de la journée, évacuant le malaise de la première étape et commençant à apprécier la course.
Le Camp 3 se situe dans une zone luxuriante entourée d’arbres et de champs verts — un contraste avec les canyons arides traversés plus tôt. Vicente Juan Garcia Beneito décroche une nouvelle victoire en 3 h 15. Je franchis la ligne en 5e position en 5 h 12, tandis que les derniers concurrents atteignent le bivouac après 9 h 50.
Étape 3 : « Les terres agricoles de Langeville » – 36 km
La troisième étape débute dans le village de Langeville, offrant un aperçu de la vie rurale. Les premiers kilomètres sont verdoyants, nous courons à travers des zones boisées et des champs cultivés. Cependant, cet environnement cède rapidement la place à la nature du Gobi.
En s’éloignant de la forêt, le terrain devient vallonné, rocailleux et technique. Les appuis sont instables, exigeant de la concentration pour éviter la blessure, mais l’effort est récompensé par les vues de montagnes à l’horizon. Tôt dans l’étape, je rejoins Anne-Marie, la première femme. Nous trouvons un rythme commun et terminons l’étape ensemble.
Entre le deuxième et le troisième checkpoint, le parcours est technique. Nous évoluons hors-piste, naviguant sur une série de crêtes raides avant de plonger dans le lit d’une rivière asséchée. C’est du raid aventure — trouver sa ligne dans un paysage exigeant.
Les 8,4 derniers kilomètres, du troisième checkpoint à l’arrivée, sont éprouvants. Nous sommes contraints de courir en montée sur du gravier mou, le long d’une route en construction. La progression est lente, nos pieds s’enfonçant dans les pierres instables. Pour la première fois, la chaleur du désert devient un facteur. Atteindre le camp est un soulagement, et je cherche l’ombre disponible.
Ce bivouac marque notre point de couchage le plus haut de la course, situé à 2 525 m d’altitude. L’altitude rend la récupération difficile. Vicente Juan Garcia Beneito termine l’étape en 3 h 46. Je finis en 4e place en 4 h 38, tandis que les derniers coureurs bouclent leur journée en 9 h 30.
Étape 4 : « Stairway to Heaven » – 37 km
L’étape 4 est une journée technique avant « La Longue Étape ». Elle consiste en montées et canyons à travers une géographie variée.
La matinée débute dans l’obscurité. À 2 525 m, commencer la journée avec des muscles fatigués demande un effort psychologique. Alors que le soleil atteint les sommets, nous entamons une montée de 4 km vers un système de canyons. Notre destination est Shipton’s Arch (aussi appelée *Tushuk Tash*).
Pour atteindre l’arche, les organisateurs nous permettent de laisser nos sacs au fond du canyon. Nous gravissons douze échelles verticales boulonnées dans la roche. Atteindre Shipton’s Arch — la plus haute arche naturelle en pierre du monde — offre une vue expansive. Je passe quelques minutes à observer la formation avant d’entamer la descente technique vers le premier checkpoint.
La section médiane de l’étape est typée trail. Nous traversons une série de crêtes avec vue sur la région. Le terrain est technique, demandant de l’agilité. S’ensuit une descente de 6 km dans un lit de rivière pierreux où la pose de pied est importante.
La portion finale passe de la section canyon à une zone de chantier, courant plusieurs kilomètres dans la poussière et le trafic industriel. La course subit un changement : la ligne d’arrivée est avancée de 3 km. Une rivière locale est devenue difficile à traverser à cause de la fonte des neiges. Une décision qui reflète la nature du Gobi.
Je me classe 3e de l’étape avec un temps de 5 h 19, à dix-neuf minutes de Vicente Juan Garcia Beneito. Le dernier coureur franchit la ligne après dix heures et trente et une minutes.
Étape 5 : « La Longue Étape » – 75,4 km
« La Longue Étape » est le morceau de bravoure de la série des 4 Deserts — un défi physique. C’est presque un double marathon, réalisé après avoir déjà accumulé 160 km sur les quatre jours précédents. La journée commence par un réveil à 5 h 00, suivi de deux heures de bus jusqu’au départ. Je profite de ce temps pour le petit-déjeuner et un repos.
Lorsque la course débute à 10 h 00, la chaleur du Gobi rayonne du sol. Je pars à une allure gérée, courant avec John pour économiser mon énergie. Peu après le deuxième checkpoint, nous rejoignons Justus et Anne-Marie. Le paysage est vaste — des étendues ouvertes encadrées par des sommets dépassant 7 000 m — mais le calme est de courte durée.
La météo change brutalement. Des nuages sombres s’accumulent et nous observons la pluie tomber au loin alors que le vent se lève. Au cinquième checkpoint, la situation bascule ; des tornades de sable tourbillonnent à des kilomètres sur le terrain plat. À mesure que le vent et la tempête de sable s’intensifient, la visibilité chute. Pendant la tempête, je ressens un regain d’énergie. J’accélère, laissant mes compagnons derrière alors qu’ils luttent contre les conditions.
Naviguer à travers la tempête de sable est un test d’endurance. Par moments, je ne vois qu’une seule balise à la fois. Le vent de face est puissant et ralentit ma progression. Cependant, croiser deux femmes locales travaillant dans un champ offre une perspective ; je continue à courir. J’atteins le dernier checkpoint sous des vents de 60 km/h, finissant par avoir les rafales dans le dos. Je remplis mes réservoirs d’eau et me concentre sur la distance restante.
Atteindre la ligne d’arrivée est un soulagement. Je termine en 3e position avec un temps de 8 h 38, rejoint par Mo et Vicente. Je passe le reste de la soirée à attendre Justus, George, Anne-Marie et John. Vicente Juan Garcia Beneito finit l’étape en 7 h 14, tandis que le dernier concurrent termine la journée en 24 h 15.
Résumé Technique – Étape 5 :
- Distance : 75,4 km
- Conditions : Tempête de sable, vents de 60 km/h, désert d’altitude.
- Moment clé : Accélérer dans la tempête en naviguant de balise en balise.
- Mon classement : 3e (8 h 38)
Journée de repos
Le lendemain de la Longue Étape fut une période d’épuisement et de récupération. Difficile de trouver le sommeil tant le corps était fatigué alors que l’esprit restait actif. Je me suis réveillé dans le dernier camp, vidé et affamé.
Le bilan énergétique d’une course en autonomie était clair. Selon mes relevés, j’avais brûlé environ 6 000 calories durant l’étape de 75 km. En incluant le métabolisme de base et l’énergie thermique requise pour la nuit, la dépense totale sur vingt-quatre heures grimpait à 8 000 calories.
J’avais budgétisé 4 000 calories pour cette journée. Cet écart créait un déficit accumulé depuis le début de la semaine. À la fin de la course, j’avais brûlé beaucoup plus de calories que je n’en avais consommé. Cette dette énergétique explique la fatigue nécessitant ce temps de récupération.
Le matin, nous avons observé les coureurs arriver au camp, certains après plus de vingt heures d’effort. L’atmosphère était calme. Nous nous sommes reposés à l’ombre en discutant du retour à Kashgar. La course dans le Gobi touchait à sa fin, avec une seule courte étape restante.
Étape 6 : « La dernière vieille cité » – 16 km
Lors du dernier briefing matinal, les organisateurs ont confirmé 15 km entre nous et l’arrivée. Selon nos montres, la distance était de 16,4 km.
Au septième jour, l’usure cumulée du Gobi était visible. Nous étions affectés par la haute altitude, la chaleur et plusieurs jours d’autonomie. Avant le départ, le groupe de tête prévoyait de maintenir une allure modérée. Cependant, dès le chrono lancé, les participants ont accéléré pour protéger ou améliorer leur classement.
J’ai fait équipe avec John pour cette dernière ligne droite. Nous nous sommes soutenus mutuellement pour maintenir nos positions respectives. Nous avons bouclé les 16,4 km en 1 h 15 — une allure exigeante compte tenu de notre état d’épuisement.
Franchir la ligne d’arrivée a apporté un sentiment de satisfaction. J’ai assuré la 3e place au général, Anne-Marie prenant la 4e, Justus la 5e, John la 6e et George la 7e. Au-delà du classement, l’expérience a été partagée avec les autres athlètes et compagnons de tente. Ce fut un privilège de terminer la course à leurs côtés.
L’étape a été remportée par Vicente Juan Garcia Beneito en 1 h 08. Je termine l’étape en 6e place, tandis que les derniers concurrents achèvent leur périple six heures plus tard. La Gobi March était terminée ; les rues de Kashgar nous accueillaient après l’une des courses à pied les plus exigeantes.
Classement final
Sur 160 participants, 145 ont terminé toutes les étapes de la Gobi March 2012.
Le Top 10 :
- 1 Vicente Juan Garcia Beneito (Espagne) – 23 h 12
- 2 Mo Foustok (Arabie Saoudite) – 24 h 28
- 3 Philippe Gatta (France) – 27 h 45
- 4 Anne-Marie Flammersfeld (Allemagne) – 27 h 53
- 5 Justus Meyer (USA) – 27 h 58
- 6 John Ross (USA) – 28 h 53
- 7 George Chmiel Jr (USA) – 28 h 54
- 8 Jochen Pfannenstill (Autriche) – 29 h 42
- 9 Mustafa Kiziltas (Turquie) – 30 h 32
- 10 Fergus Edwards (Écosse) – 30 h 41
Informations pratiques
Liste du matériel (Poids sec total : ~7 kg)
Pour cette édition, j’ai réutilisé mon équipement des courses précédentes, réduisant la charge à l’essentiel.
- Sac : Un sac de course léger de 40 L (600 g).
- Vêtements : Un T-shirt technique manches longues et un manches courtes, un short et deux paires de chaussettes. Un tour de cou et un bonnet chaud étaient utilisés pour les nuits froides du Gobi.
- Système de couchage : Un matelas en mousse et un sac de couchage avec une température de confort de 0°C.
- Chaussures : Chaussures de trail équipées de guêtres légères.
- Électronique et Outils : Une montre multisports pour la distance et la vitesse, un appareil photo étanche avec trois batteries et deux lampes frontales.
- Sécurité et Médical : Un kit de sécurité obligatoire (lumière, sifflet, couverture de survie) et une trousse médicale axée sur le soin des ampoules et le soulagement de la douleur.
Nutrition et stratégie calorique
Le règlement de la course impose un minimum de 14 000 calories, mais l’expérience a montré que c’est insuffisant pour un rythme compétitif. Pour la Gobi March, j’ai transporté 21 240 calories, pesant 4 kg.
Ma répartition nutritionnelle était conçue pour l’endurance et la récupération :
- Glucides (57%) : Le carburant principal pour les marathons quotidiens.
- Lipides (25,7%) : Utilisés pour l’énergie à long terme et la densité calorique afin de réduire le poids.
- Protéines (17,3%) : Importantes pour la réparation musculaire entre les étapes.


